Le veston sport vit ses heures de gloire. C'est le vêtement de notre époque, il envahit chaque recoin de notre garde-robe. Son domaine s'étend du support à complets au tiroir à T-shirts, du design éminemment élégant à quelque chose de souple et déstructuré qui a une allure aussi décontratée (et aussi confortable à porter) qu'une chemise pendant sur les hanches. Il peut être fait de laine, comme un complet, mais cela pourrait être du coton ou du lin, du cuir ou du suède, bambou ou un mélange de cachemire et vison. Sa gamme de couleurs et de motifs est quasiment infinie.
Notre idée de ce que devrait être un veston sport n'a jamais été aussi englobante. Mais la vraie raison de son succès c'est l'usage qu'on fait d'un veston sport. On le porte au travail avec un pantalon habillé, une belle chemise et une cravate, confiant qu'il est à sa place. Lorsqu'arrive le week-end, nous revêtons le même veston par dessus un tricot et un jeans et nous nous sentons à la fois bien mis et décontracté. Les jours d'automne, nous le prenons en quittant la maison, comme un manteau léger porté avec un foulard. Pour aller au théâtre, au restaurant ou à un cocktail où nos pères se seraient présentés avec un complet, nous mettons un veston sport – avec un pull à col polo, peut-être, ou avec un col ouvert ou une chemise sport aux motifs audacieux. Quelle polyvalence ! La seule chose que nous ne faisons pas avec le veston sport...c'est du sport - à moins de vivre dans un vieux manoir anglais et de chevaucher dans la campagne environnante ou faire une partie de chasse.
Le passé
C'est de là que vient le veston sport, dans la dernière moitié du 19e siècle, afin de répondre aux besoins très particuliers des gentlemans. Taillé dans un tweed à toute épreuve, il était assez rubuste pour affronter les éléments et offrait un bon camouflage dans la bruyère en automne. Les grandes poches latérales pouvaient contenir bonne quantité de cartouches, tandis que les plis dans le dos assuraient la liberté de mouvement lorsque le chasseur devait mettre sa carabine en joue rapidement. Et bientôt, les hommes qui aimaient les simples randonnée à dos de cheval apportèrent d'autres modifications comme des poches obliques et une fente arrière afin que les pans du veston reposent confortablement sur les hanches.
Ces vêtements très pratiques devinrent rapidement des éléments essentiels de la garde-robe du gentleman campagnard et dès les années 1920, on les retrouve en ville, toujours avec les mêmes motifs à chevrons et à carreaux mais taillés comme un blazer dans un tissu plus léger. Les hommes qui portaient un complet tous les jours au travail et qui se sentaient nus dans un chandail s'empressaient d'endosser « leur vieille veste » pour bricoler autour de la maison le week-end. Des inococlaste sans scrupules osaient même la porter en public par dessus un pantalon de flanelle grise, sous les regards scandalisés des milieux conservateurs. À partir des années 1930, la plupart des hommes élégants avaient un ou deux vestons sport dans leur placard pour les rares occasions où le complet semblait trop guindé. Les artistes de la bohème, les écrivains et les professeurs qui voulaient prendre leur distance par rapport aux autres professions moins intellectuelles, tout en conservant un certain standing, en firent bientôt leur uniforme.
Le veston sport évolua peu durant deux ou trois décennies. On le vit brièvement au début des années 1960 sous la forme de vestes à carreaux excentriques sur le dos de membres d'orchestres yé-yé et de revendeurs de voitures d'occasion, mais la renaissance se fit attendre jusqu'aux années 1970 avec l'avènement du design italien. Taillé de façon impeccable comme n'importe quel complet dans les tissus les plus fins, le veston sport italien prit l'Europe d'assaut mais les hommes nord-américains préféraient encore le complet, peut-être un blazer le vendredi. Puis survinrent les années 1990 et l'émergence de l'alternative décontractée d'affaires. Privés du conformisme rassurant du complet, les hommes furent obligés de songer plus que jamais à ce qu'ils devaient porter. Comment chic ou comment décontracté était l'évènement. Comment pouvaient-ils éviter d'avoir l'air dépenaillé ou, pire, dans ces années post-récession, l'allure guindée surhabillée. Le veston sport représentait la solution.
Le présent
Et il le fait encore. Le balancier est depuis revenu vers le complet mais l'héritage du choix, le désir d'être vêtu correctement pour l'occasion existe encore. Il y a 20 ans, les complets se vendaient 10 fois plus que les vestons sport. De nos jours, cette proportion est à peu près égale.
Le veston sport est la pierre angulaire de la tenue moderne décontractée. Choisir comment s'habiller offre à l'homme un nombre infini de manières d'exprimer sa particularité. Cela commence avec le choix d'une paire de pantalons mais comprend aussi les chaussures, la chemise ou un tricot et une écharpe; durant l'été, un veston léger, sans doublure, déstructuré donne belle allure par dessus un T-shirt.
Il n'existe pas vraiment de règles pour la coordination – le goût personnel prime sur tout – mais une ou deux choses font néanmoins consensus. Le poids et la texture du veston et du pantalon devraient être à peu près complémentaires (cet élégant veston de cachemire italien doit se porter avec un pantalon habillé pas un jeans; ce veston de velours côtelé havane commande un pantalon d'une texture plus rude et des mocassins ou des bottes et non des chaussures habillées). Il s'agit d'un exercice holistique comportant une demi-douzaine d'éléments.
Le veston sport continue d'évoluer, de même que les façons de le porter. Voici un jeune homme confiant affrontant les paparazzis après une soirée de gala très classe : il porte un veston droit en velours à un bouton plutôt qu'un smoking. Voici un voyageur d'affaires dans un élégant blazer italien : il le portera avec chemise et cravate à la réunion de demain et avec un tricot décontracté après le travail. Vous voyez le topo. Répondre à nos besoins, élargir nos choix, le veston sport est désormais le vêtement le plus important de notre garde-robe.
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